« La jetée des rêves », c’est le nom de la nouvelle exposition de Tournicoton Art Gallery, qui raconte l’histoire de la rencontre SL/RL entre Mariaka Nishi et Anathaniel Gausman. Vernissage le 14 novembre à 21h30, 12h30 SL time…
Interview avec les tenants principaux de ce projet…
Rencontre avec YadNi Monde, superstar cyberpunk du build sur Second Life, mais artiste incompris et solitaire dans la vraie vie…
Bobby Ritt lance un nouveau type de boutique en ligne : avec « Museec », chacun pourra lui commander un morceau de musique improvisé et personnalisé…
Nathalie Charman accueille les artistes sans Linden Dollars sur son île dans Second Life. Rencontre…
Mariaka Nishi, Maîtresse de Tournicoton Art Gallery in SL (212/154/318), est Anne Astier dans la vraie vie : une artiste transdisciplinaire et transdimensionnelle -entre autres écrivain et auteur de plusieurs romans (dont « Le piano » éd. Robert Morel, sa toute première et unique publication à ce jour)- dont le site web un peu particulier est « un roman multimédia filmé à même la vie ».
« La jetée des rêves », c’est le nom de la nouvelle exposition de Tournicoton Art Gallery, qui, dans la continuité du travail initié avec “si vous m’aimez d’amour”, raconte l’histoire de la rencontre SL/RL entre Mariaka Nishi et Anathaniel Gausman (caméraman et photographe dans la vraie vie). Interview avec les quatre tenants principaux de ce projet collaboratif :
Montparnasse Belgar : La jetée des rêves, c’est une exposition, mais de quoi ?
Mariaka Nishi : C’est drôle, un jour Anathaniel m’a rapporté cette même question qu’on venait de lui poser, et que j’ai trouvé pertinente. Parce qu’effectivement, tout le travail que j’induis ne se raconte pas en quelques phrases… C’est la juxtaposition, la cohabitation de plusieurs choses qui en produisent d’autres encore. Et ce sont toutes ces imbrications qui créent ce qui est à regarder et à comprendre.
Ici je crois qu’on a travaillé de la même façon. C’est un peu cela que l’on appelle la transdisciplinarité, d’ailleurs. Cela implique plusieurs niveaux en même temps.
Anathaniel Gausman : Cette expo, c’est avant tout une RE-encontre, c’est la liaison de perceptions différentes de nous, plusieurs dimensions de nous. Je crois qu’on a essayé de prolonger quelque chose, qu’on a d’abord développé ici sur Second Life. C’est une rencontre physique dans un lieu de passage (la gare St Charles, à Marseille - NDLR), mais pas uniquement. C’est aussi une sorte de communion des ressentis.
MB : En gros, c’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres de chair et de sang, et de pixels…
MN : Oui, c’est la construction de leur traversée de Second Life à la Real Life, imprégnée de leur qualité relationnelle déjà créée ici, sur SL. Ici, on travaille « en spéléologie ». J’ai voulu formuler cette exposition comme une exposition/livre/film, une façon de reprendre à l’échelle de ce que je fais maintenant sur SL, mon concept de « roman multimédia filmé à même la vie », mais en même temps, les frontières ne sont pas aussi nettes… Et puis ce que je fais sur le web est fondamentalement différent de ce que je fais ici, dans la mesure où je co-crée avec d’autres, chose que je ne faisais pas en RL. C’est la grande révélation que m’a apportée SL, et j’aime cette fusion –presque-, dans laquelle nous faisons émerger des parties de nous sous forme d’expositions.
MB : oui, parce qu’en plus, il n’y a pas que vous deux, d’impliqué dans ce travail collaboratif…
MN : ça va bien au delà d’une simple collaboration. Coulaut Menges (de la bibliothèque francophone – NDLR) qui y a participé, m’a assisté d’ailleurs à mes débuts. Il est le plus ancien partenaire qui soit à mes cotés, mis à part Naastik Rau (son compagnon dans la vraie vie - NDLR) bien sûr. ;-).
Sayax Milev m’a aidé pour le montage, et Typote Beck a été notre conseiller cinématographique sur ce projet. La musique est de Philippe Kodekko. Enfin, Frao Ra nous a donné son bateau…
C’est presque une symbiose, il s’est passé quelque chose de différent –un liant supplémentaire- entre nous, et c’est pour ça que je ne parle jamais « d’exposition collective »… Sans ce liant je ne sais pas travailler. Il faut que je sente cette possibilité chez ceux avec qui je m’engage à travailler. Nous passons beaucoup de temps dans le lien pour faire émerger ce qui sera à voir…
Coulaut Menges : On est comme des électrons tournant autour d’un atome… Et on y est lié par une force commune. Et mon travail avec toi a modelé ma manière de penser la biblio… C’est un échange de part et d’autre !
MB : Mais l’expo photo est composée de plusieurs époques différentes, non? Que symbolisent-elles?
MN : Oui, on a fait une immersion dans le temps aussi, aussi bien Anath’ que moi-même.
J’ai repris des poses dans lesquelles j’avais déjà posé dans les années 80. Et lui aussi, savait que nous irions sur l’ile du Frioul, où il avait participé à la réhabilitation de l’hôpital Caroline, il ya une dizaine d’année, et il m’a envoyé une photo qui avait été faite de lui à ce moment là. Tout cela était des indices, en quelque sorte, de ce qui allait composer notre rencontre. Nous nous sommes appuyés sur quelques faits, ces photos anciennes, et aussi ce livre (Le piano - NDLR) qu’Anathaniel a réussi à acheter par internet juste avant (ce livre est aujourd’hui introuvable dans le commerce. Dans le bâtiment qui est là, « le centre d’arts et d’essais transdisciplinaires » que j’ai créé ici, il y a une expo qui raconte ce livre, et son éditeur). On savait tous les deux qu’il amènerait ce livre pour que je lui fasse une dédicace. J’avais aussi une photographie prise de très près, du sourire d’Anath’. Je ne connaissais rien d’autre de lui physiquement. Nous avons joué avec ces quelques indices pour vivre, filmer et photographier ces destins croisés. Toujours ces touches qui se superposent, se mêlent, se répondent… Et puis j’aime partir d’histoires vraies…
MB : Ton livre, tu n’as pas eu envie de le republier sous forme de livre SL?, comme on en trouve à la bibli?
MN : Non, mais en RL, j’aimerais bien le republier, ainsi que les autres ! SL, c’est bien pour de petites éditions simples. Mais pour des livres plus complexes, je pense que ce n’est pas assez approprié. Lorsque j’ai écrit ce livre, et lorsqu’il a été publié, je savais qu’il serait « pour plus tard ». Je ne savais pas le dire mieux, mais je percevais qu’il y aurait un décalage entre sa parution et son « destin ». SL m’a permis de le ressortir, de revivre une forme de médiatisation en étant plus consentante qu’à l’époque, où j’avais 22 ans et où je manquais de maturité pour ça. J’aime travailler avec le temps, tu l’auras remarqué, mais sans passéisme ! Juste avec la conscience de sa texture, et de comment nous nous situons dans cette texture.
MB : Le damier tient une place prépondérante dans l’exposition. C’est quoi, l’échiquier de la vie?
MN : (rires), l’un de mes romans (non publié) s’appelle « les joueurs d’échiquiers ».
Ce sont effectivement les parties d’échec que nous jouons pour passer de ce que j’ai appelé : de la défiguration à la figuration. Ce sont des parties métaphysiques.
On allait tourner une dernière scène, la scène de la dédicace, mais on avait peu de temps avant le départ d’Anathaniel. Comme on passait devant ce carrelage, sur la colline du Pharo à Marseille, j’ai eu un flash : Il me fallait ces photos, et je les ai eues, en vitesse, et on en garde encore un grand souvenir, de cette course pour se positionner dans ce grand carrelage. C’est Naastik qui nous a photographiés de loin, d’en haut. Une sorte de dédicace symbolique, donc…
MB : Pourquoi ce titre : “la jetée des rêves”?
MN : Ah ! C’est un clin d’oeil à Chris Marker (qui m’a troublée, comme toute son œuvre : toujours en avance, il a fait représenter un espace sur Second Life, où nous nous sommes promenés avec Typote Beck) et à son film, « La jetée », que j’ai vu en 1979, puis revu par la suite, comprenant à quel point il m’avait profondément marqué, voire influencé. Ce film parle de la possible et impossible histoire entre un homme et une femme, qui retraversent le temps pour profiter de quelques rencontres. Là est sans doute la trame en commun ! Passer de SL à la RL, c’est une chose qui pourrait être banale… Mais nous y avons mis de la conscience. C’est la substance de notre exposition. Anath’ a restitué l’ambiance de la jetée à merveille. Il m’a posé des questions, a passé beaucoup de temps à murir ça…
MB : Anathaniel, parle-nous un peu de toi in SL…
AG : j’expose dans cette dimension-ci, dans une petite galerie de Kuai Hele (L’île de Tournicoton). D’ailleurs la séquence SL du film, a été tournée là, au milieu de mes photos. C’est la rencontre avec Naastik et Mariaka qui m’a amené à puiser dans une partie de moi un peu enfouie, et de me remettre à la photo notamment. Ce fut chez moi un révélateur de quelque chose de profond. C’est suite à nos échanges que Mariaka m’a envoyé vers son site, que j’ai lu, relu, et dont nous avons beaucoup parlé. C’est comme ça que cette exposition, qui est une « histoire de vies » est née, en somme…
Il a 41 ans, et vit en Bretagne. Dans la vraie vie, c’est un quidam comme un autre, aussi original soit-il. Un artiste pluridisciplinaire jamais vraiment reconnu par ses contemporains, qui le prennent plutôt pour un « alien »… Mais dans Second Life, c’est une superstar cyberpunk adulée par des générations de constructeurs, une vraie légende vivante, que dis-je, un Dieu de la création en 3D ! Il s’appelle YadNi Monde, et c’est probablement un des plus grands, des plus talentueux (et anciens) builders arpentant le monde virtuel de Linden Lab.
En quatre ans d’existence, il a entièrement créé plus de 30 îles, dont certaines pour de grands noms. Il est -en outre- le père d’innombrables innovations, du tout premier dragon quadrupède in SL, à la fameuse cape flexible que tout les newbies s’arrachent… Et puis YadNi est aussi à l’origine de nombreux « freebies » : sans le savoir, votre avatar porte peut-être un vêtement qu’il a créé !
Mais cette reconnaissance virtuelle, aussi agréable soit-elle, ne nourrit pas son homme : « le cœur de mon problème, c’est que le gars qui tape sur son clavier, derrière l’écran, est un inconnu total. Cette célébrité relative sur Second Life (qui reste le monde virtuel le plus abouti en termes de liberté de création) ne m’a jamais ouvert de portes dans la vraie vie. Avec mes créations, je gagne tout juste de quoi payer le loyer du Junkyard (son espace d’accueil et laboratoire dans Second Life – NDLR), et me nourrir mal. De plus, cette gloire est très éphémère : tout peut disparaître du jour au lendemain, et je n’aurais plus rien ! »
Il pourrait bien perdre jusqu’à sa propre identité au premier Black-Out, donc…
Le maître de l’éphémère…
Et pour illustrer ses tristes paroles, YadNi Monde annonce la fin de la SIM Paris 1900 53/170/23, qu’il a créée il y a deux ans, mais qui est vouée à la destruction à partir du 15 novembre prochain, faute de financement ! L’augmentation des tarifs de Linden Lab sur les low-prim SIMs aura sans aucun doute été un élément déterminant… Des mois de travail, un investissement en temps considérable qui va finir englouti dans les limbes du néant. « Ça me fout les boules, et ça ne m’aide pas à être moins punk et moins amer… »
Alors en attendant, afin que son travail ne soit pas oublié, l’artiste a commencé à archiver quelques images sur son compte Youtube.
Mais cela ne l’empêche pas de continuer à se connecter sur SL pour créer encore et encore, à raison de 6 à 10 heures par jour. Parfois plus, parfois moins… « Dans la vraie vie, il n’y a pas de taff pour moi ; je ne vaux pas tripette, toute ma culture, tous mes savoirs faire, tout ce que mon œil peut voir et ma main faire, ça ne fait que m’étouffer parce qu’inutile.
Mais ici, j’aime ce que je fais… Aujourd’hui, je ne fabrique plus que sur commande unique, pour la personne qui en fait la demande. En ce moment, j’ai un gros chantier sur les quatre îles Bourbon, où je recrée le “palais des gouverneurs”, sur ce qui est une évocation de l’île de la Réunion ».
Incroyable -et effrayant- qu’autant d’imagination et de talent ne soient pas plus rémunérateurs… De nombreux artistes ont eu un parcours assez proche dans la vraie vie. Le peintre Vincent Van Gogh, pour n’en citer qu’un, n’a curieusement accédé à l’immortalité qu’après sa mort. Tout ce qu’on peut souhaiter à YadNi Monde, c’est d’enfin obtenir la reconnaissance qu’il mérite du grand public, dans la réalité, et surtout de son vivant !
EHB.
Bobby Ritt est chef de projet chez Stonfield Inworld ; mais en dehors de cela, c’est aussi un musicien anglo-français qui vit à Oloron Sainte Marie. Il est connu sur Second Life pour ses concerts live donnés en diverses occasions. Il a récemment créé « Museec » un nouveau concept artistique qui se situe entre improvisation musicale en studio virtuel (dans SL, mais aussi sur OpenSim, et bientôt dans d’autres mondes virtuels), et boutique e-commerce.
Explications : « On fait bien appel à des peintres pour réaliser des portraits, pourquoi ne pas faire quelque chose d’équivalent en musique ? L’idée, c’est de créer des morceaux pour les gens, à partir d’un titre, de mots clés,
ou même d’une photo, afin de déclencher des émotions au travers de la musique. » Et la formule « mondes virtuels » permet à Bobby de pouvoir être en contact direct avec ses clients, qui peuvent assister en temps réel à la composition de leur pièce musicale, voire même participer interactivement au processus de création.
« Le grand public peut lui aussi assister à tout cela, dans cette réplique virtuelle de mon studio ». Une ambiance qui diffère complètement de celle des concerts, où c’est plutôt le musicien qui a le beau rôle. Là, c’est le client et le public qui sont les vraies stars. Cette méthode peu orthodoxe a aussi l’avantage de lui donner un feedback en live, sur son travail.
Improvisation sur commande
Pour ceux qui seraient intéressés, un calendrier annoncera à l’avance les sessions de travail de l’artiste. « Je fais une musique sur laquelle on vit. Rien à voir avec le silence respectueux et quasi-religieux qu’on a coutume d’adopter en écoutant de la grande musique classique… Donc il est fortement recommandé de faire autre chose en m’écoutant ! » C’est le côté un peu cru, un peu brut de la démarche de Bobby Ritt.
Et cette musique que l’on peut commander sur le web, c’est dans quel style, alors ? Pour l’instant, la boutique propose trois genres musicaux : improvisations solo au piano, ambiant, ou en quatuor à cordes. Mais Bobby Ritt a bien plus de trois cordes à son piano. « Je ferai aussi dans l’électro-free-punk, ou encore dans la musique plus codifiée, comme la gigue par exemple… (J’arrive à rester très libre dans les codes, je les respecte à ma façon).
Bref, comme ce sont des morceaux déposés sous licence Creative Commons, les gens pourront en faire ce qu’ils en veulent, à partir du moment où la paternité m’est reconnue. Mais là encore, rien n’est figé : tout est négociable ! » A noter : tout l’argent recueilli ira à une association de promotion de l’art.
Le produit fini, qui se décline en plusieurs gammes de présentations différentes, sera soit livré via messagerie, soit au format packagé (sous boitier CD avec artworks personnalisés, avec ou sans partition, etc.). Une bonne idée pour un cadeau original, artistique, unique et éternel…
EHB.
Le mercredi 5 novembre prochain, à partir de 20h30, aura lieu simultanément dans le local de Aire, à Moulins, et sur Aire (dans Second Life) une conférence-débat avec Jocelyn Moulin, trésorier et chargé du comité de soutien de l’association KOKOPELLI, sur le thème « Biodiversité et privatisation du vivant ».
L’association Kokopelli est un conservatoire de graines œuvrant pour la « libération les semences et l’humus ». Elle défend la liberté d’accès et de reproduction des semences, pour préserver la biodiversité et l’autonomie alimentaire des populations, dénonçant ainsi la privatisation du vivant par de puissantes multinationales de la semence.
Seront évoqués au cours de la soirée :
- les batailles que se livre Kokopelli, comme par exemple le procès que l’association a perdu en cassation contre le GNIS, le Groupement national interprofessionnel des semenciers.
- La biodiversité planétaire et les problèmes dans le tiers monde. Au jour d’aujourd’hui, il n’existe plus une semence reproductible dans l’hémisphère sud devenu un désert de biodiversité.
- La campagne “Semence sans frontière” : l’association Kokopelli donne des milliers de sachets de semence bio à des communautés villageoises dans tout l’hémisphère sud et dans l’Europe de l’est
- les élections européennes de 2009. Une liste d’alter-mondialistes ? Peut-on espérer que la mise en place des directives soit enfin appliquée dans l’état membre qui s’appelle la France ?
- Enfin, sera aussi évoqué le projet « doomsday seed bank ». Le 26 février 2008 a eu lieu l’inauguration de « L’Arche de Noé végétale » dans un des lieux les plus reculés du monde, à Svalbard en Norvège. Ce projet destiné à rassembler toutes les semences du monde dans une chambre forte est le fruit d’un accord tripartite entre le gouvernement norvégien, le « Global Crop Diversity Trust » et la « Nordic Gene Bank ». Le « Trust » -financé et soutenu notamment par la Fondation Bill Gates, La Fondation Rockefeller, Dupont/Pioneer, la Fondation Syngenta et la Fédération Internationale des Semences, les plus importants lobbies de l’industrie des semences– finance les opérations de « l’Arche ».
Voir aussi :
http://aire-europe.org
http://monmoulins.com/index.php?Aire-second-life
Nathalie Charman est l’administratrice du Jardin des Artistes sans Linden Dollars, situé sur l’île lowSIM Simba 78/228/21, dans Second Life. Cette assistante sociale -et mère de famille- dans la vraie vie joue aussi le rôle de mécène in world, permettant aux artistes désargentés de venir exposer leurs œuvres RL, SL, ou transdisciplinaires sur son espace. Aujourd’hui, ce projet est menacé par l’augmentation de Linden Lab. Rencontre avec la bienfaitrice et deux de ses protégés : Chance Hermit (artiste peintre RL) et Noland Balczo (builder SL), créateurs d’une œuvre commune.
Montparnasse Belgar : Nathalie, peux-tu nous expliquer le concept de cette île?
Nathalie Charman : Oui, alors il faut que je fasse un historique : en juillet 2007 sous mon premier avatar « Romane Jacobus », j’achetais un terrain de 500m2 sur le Mainland. Je voulais exposer les toiles de mon compagnon RL, et puis je me suis dit que c’était bête de ne pas en faire profiter d’autres artistes. C’est à ce moment là que l’idée du « jardin des artistes sans L$ » est née. J’ai exposé mon idée sur le forum de SL jeuxonline et David Ducasse, Valérie Fratica et Shenn Coleman sont venus m’aider à créer le jardin. Valérie Fratica -qui a maintenant quitté Second Life- y a fait venir beaucoup d’artistes nouveaux, et le jardin est devenu très rapidement trop petit. A compter d’octobre 2007, j’ai acheté un 2000 m² à Genève in SL, qui est devenu un 600m² en avril 2008.
L’objectif était de permettre à des artistes sans argent de pouvoir exposer et vendre leur toiles, sans frais ni commission. En avril j’ai passé la main à des membres du jardin, car je devais reprendre mon travail et j’avais envie de faire autre chose. Puis, je n’ai pas été satisfaite de la tournure que prenait le jardin, et j’ai recréé un autre groupe. Après avoir transité sur Ivoire, je suis arrivée ici en septembre.
MB : Donc en gros, c’est une forme de mécènat, que tu proposes. Tu as beaucoup de demandes d’artistes?
NC : Oui, c’est cela mais je n’offre que le terrain. Au mois de septembre, oui, beaucoup de demandes. En ce moment, je reçois environ un artiste par semaine. Il n’y a plus beaucoup de sans L$. Et pas mal d’anciens sans L$ se sont installé maintenant. Chance Hermit, et quelques photographes font exception.
MB : Comment fonctionnent les expos? Par thématiques?
NC: Le premier vernissage, c’était plus une inauguration. Mais non, il n’y a pas de thème particulier. Le prochain vernissage aura lieu le 15 novembre et sera sur le thème du nu. Je viens juste de commencer à installer deux panneaux, juste derrière toi !
MB : Le nu sur SL, ça ne va pas trop choquer nos amis américains?
NC : Je n’en vois pas beaucoup, par ici, et c’est une SIM mature…
MB : bon, abordons le sujet d’actualité… Est-ce que le jardin est aujourd’hui menacé par les nouvelles mesures financières de Linden Lab?
NC : Oui, bien sur qu’il est menacé ! Depuis la mise en place du jardin ici, j’utilise ma carte bleue à raison de 75 dollars par mois, plus le camping de mes alts. Heureusement, il y a des gens qui aiment l’art : J’ai deux gros donateurs qui me donnent 4000 L$ par mois, auxquels il faut rajouter 1000 L$ donnés par de petits donateurs. Donc si les tarifs augmentent, je ne pourrais pas suivre.
MB : La mécène qui a des mécènes… Comme tu n’as pas l’air d’avoir d’autres subsides, et que tes artistes sont sans L$, tout cela parait bien compromis…
NC : Mon propriétaire est en train de voir avec les californiens comment envoyer les Linden devant un tribunal, car a priori, l’augmentation est contraire à la loi californienne, où est situé le siège de Linden Lab. Il est confiant, et moi aussi ; donc j’attends le 1er janvier… Avec la pression et le risque de procès, Linden Lab -qui veulent visiblement vendre les terrains du Mainland, et qui m’ont l’air d’être de piètres financiers avec une vision à court terme- vont peut-être devoir revoir leur copie.
MB : Justement, à propos de pression, quelles sont tes actions en la matière?
NC : je manifeste quand je peux. Et je ne me connecterai pas le 31 octobre. Je n’achèterai pas de L$ la semaine prochaine. Et Même si la grève n’est pas suivie, on aura quand même essayé !
Chance Hermit : Moi aussi je manifeste. Et puis j’en parle autour de moi. Je ne me connecterai pas non plus !
MB : Quels auraient été les projets de développement de l’île, si LL n’avait pas fait cette annonce?
NC : Une petite pause car ces deux derniers mois m’ont un peu crevée, et peut-être après essayer de faire de temps en temps des concerts, ici.
MB : Merci Nathalie. Bon, à vous, Chance et Noland, de passer à la question ! Vous exposez une œuvre commune sur la SIM de Nathalie…
CH : Oui, c’est grâce à elle que nous pouvons être là. Nous avons créé cette œuvre à l’école SL. J’ai rencontré Noland ici, alors qu’il buildait. Il s’est montré intéressé par ma peinture, et ça lui a donné l’idée de ce présentoir très original, en forme de mappemonde. Ça révolutionne la façon de présenter des toiles, et de penser l’art, formant un pont entre travail traditionnel, et réalisations virtuelles !
Noland Balczo: j’ai rencontré chance par hasard, et il m’a paru évident que je voulais travailler avec elle. Ce qui est bien c’est que nous ne sommes pas de la même génération (J’ai 22 ans, elle en a 54). Cela apporte quelque chose de nouveau, une force nouvelle, et qui de plus, permet de créer ensemble sans arrière pensée.
MB : Donc cela sous-entend que si Nathalie doit arrêter cette île, cela empêchera d’autres artistes de se rencontrer, et de travailler ensemble…
CH : oui bien sûr. Il n’y aura plus d’intérêt à aller sur Second Life, à gagner de l’argent froidement. C’est le côté humain qui est le plus important ici, contrairement à ce que véhiculent les médias. Il faut démentir cette idée reçue, vraiment !
MB : Que faites-vous dans la vraie vie ?
CH : Je suis sans emploi, après avoir été responsable d’un atelier de dessin en graphisme dans une imprimerie pendant 25 ans. Je me consacre donc maintenant à ma passion pour la peinture, et aussi depuis peu, à la sculpture. J’importe les images de mes peintures ici depuis peu (je suis une nouvelle inscrite depuis seulement 2 mois). Ah, et j’ouvre ma propre galerie in world samedi prochain à 21 heures, sur Les Menhirs (220, 180, 21).
NB : j’étais agent de sécurité. Et vu que la saison d’été est finie, je prépare un départ pour travailler dans une association, à l’étranger. Je voudrais juste rajouter qu’aucun de mes build n’est à vendre. Que ceux qui voudraient en profiter m’en fassent juste la demande !
MB : Votre collaboration semble être une réussite. Vous comptez réitérer ?
CH : J’espère que oui. En tout cas, l’idée nous plairait ! C’est une association qui est très ouverte sur de nombreuses créations, je pense. Et je suis sûre que Noland est toujours en ébullition !
NB : j aimerais bien construire autour d’une seule toile, essayer de la prolonger en build… Tout est possible, à partir du moment où l’imagination n’est pas limitée !