Par Etienne Boyer le 05 janvier 2009 - 5 Commentaires
Yann Minh (YannMinh Mcdowwll in SL) est un artiste cyberpunk polyvalent qui œuvre aussi bien dans lla vidéo, l’image de synthèse, l’infographie, ou même l’écriture (il se définit lui-même comme artiste multimédia et Noonaute). Il était normal qu’il ait lui aussi son extension digitale sur Second Life. Son île, le Noopark (Aogashima 203/111/25) est un véritable musée constitué de nombreuses galeries consacrées à la cyberculture, à la science fiction, à l’érotisme et au fantastique sous toutes ses formes… Un des lieux les plu hétéroclites -en matière d’arts graphiques- à visiter dans l’univers virtuel créé par Linden Lab.
« Le Noopark est le transfert noosphérique sur SL, de mon musée virtuel en 3D temps réel, appelé le Noomuseum. Celui-ci a d’abord été construit dans un autre cyberespace : le FPS Unreal Tournament, datant de l’année 2004. Il est dédié à la préhistoire de la cyberculture, et aux crypto-métaphores sexuelles en art et au cinéma… », explique celui qui n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il est l’un des précurseurs de la cyberculture en France. Il a par exemple exposé une installation vidéo multimédia immersive en 1983 au musée d’art moderne du centre Beaubourg à Paris qui anticipait Matrix et second life : « le scénario de Media 000 réalisé en 1982 est l’histoire d’une jeune femme qui vie dans un monde onirique réaliste généré par un ordinateur, et qui refuse de sortir de cet univers au risque d’y perdre la vie. »
Entre autres créations sur SL, sa reconstitution en 3D du tableau de Velasquez « les menines » est absolument bluffante. « Ce tableau est emblématique du diorama de ma conférence sur le thème de la préhistoire de la cyberculture. Le fameux ‘truc du miroir’ donne à cette peinture une dimension immersive. Un peu comme dans les jeux video, ou les MMORPG du type de Second Life. Le miroir reflète la toile posée devant Velasquez : c’est à dire un portrait du roi et de la reine d’Espagne. Ce qui veut dire que NOUS sommes le roi et la reine d’Espagne ! Et c’est pour cette raison qu’on peut considérer que ce tableau est un jeu d’immersion virtuelle avant l’heure », analyse t-il, intarissable sur le sujet.
Là où le cyberpunk fait son show
Mais toutes les œuvres exposées dans le Noopark ne sont pas de lui. Yann Minh a toutefois choisi d’exposer des artistes dont le travail colle avec son concept. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il y en a une sacrée kyrielle ! On y trouve Eric Wenger, par exemple, créateur d’images de synthèses, et concepteur du moteur de BRYCE, un célèbre logiciel de création de paysages virtuels. Eric qui a créé aussi le logiciel Metasynth, utilisé entre autre par les sound designers de Matrix, utilise Second Life comme d’un instrument de musique pour faire des concerts en RL exploitant les spectaculaires capacités de spacialisation du son de SL.
Un autre endroit de l’île est consacré au projet « Traverses, le livre voyageur », que nous avons évoqué dans nos colonnes en fin d’année dernière, et qui représente une autre facette de la cyberculture, en quelque sorte…
Les dessinateurs Jean Yves Kervevan, Rachid Guendouze, et Luh, ou encore les illustrateurs Eikasia, Alain Brion, Bastien L, Martine Fassier, et Jean-Marie vives (auteur des mate-paintings des films Alien IV et la cité des enfants perdus) y ont aussi pignon sur rue… Manchu, célèbre auteur de couvertures de livres de Science Fiction est aussi du voyage, avec sa galerie attitrée, tout comme de nombreux autres auteurs.
« Au nord ouest du Noopark se trouve le NooBar. Un endroit pour chater, se poser, rencontrer d’autres avatars. Cette partie de l’ile est tenue par la photographe RL & SL Willow Ahn ». C’est un endroit où elle organise ses expositions d’art temporaires, comme elle le faisait auparavant, sur son île Alchimie, qu’elle a dû fermer suite à l’augmentation des tarifs de Linden Lab.
Le petit plus du Noopark ? Un espace jeux de rôles dans lequel les avatars sont confrontés à l’attaque d’une horde de zombies particulièrement agressifs. Bref, il faudrait des jours et des jours pour parcourir toute l’île, et en percer tous ses secrets, dont certains sont réservés à un public plutôt averti… Mais il vaut mieux être équipé d’une bonne carte graphique !
EHB.
Par Etienne Boyer le 10 novembre 2008 - 4 Commentaires
Il a 41 ans, et vit en Bretagne. Dans la vraie vie, c’est un quidam comme un autre, aussi original soit-il. Un artiste pluridisciplinaire jamais vraiment reconnu par ses contemporains, qui le prennent plutôt pour un « alien »… Mais dans Second Life, c’est une superstar cyberpunk adulée par des générations de constructeurs, une vraie légende vivante, que dis-je, un Dieu de la création en 3D ! Il s’appelle YadNi Monde, et c’est probablement un des plus grands, des plus talentueux (et anciens) builders arpentant le monde virtuel de Linden Lab.
En quatre ans d’existence, il a entièrement créé plus de 30 îles, dont certaines pour de grands noms. Il est -en outre- le père d’innombrables innovations, du tout premier dragon quadrupède in SL, à la fameuse cape flexible que tout les newbies s’arrachent… Et puis YadNi est aussi à l’origine de nombreux « freebies » : sans le savoir, votre avatar porte peut-être un vêtement qu’il a créé !
Mais cette reconnaissance virtuelle, aussi agréable soit-elle, ne nourrit pas son homme : « le cœur de mon problème, c’est que le gars qui tape sur son clavier, derrière l’écran, est un inconnu total. Cette célébrité relative sur Second Life (qui reste le monde virtuel le plus abouti en termes de liberté de création) ne m’a jamais ouvert de portes dans la vraie vie. Avec mes créations, je gagne tout juste de quoi payer le loyer du Junkyard (son espace d’accueil et laboratoire dans Second Life – NDLR), et me nourrir mal. De plus, cette gloire est très éphémère : tout peut disparaître du jour au lendemain, et je n’aurais plus rien ! »
Il pourrait bien perdre jusqu’à sa propre identité au premier Black-Out, donc…
Le maître de l’éphémère…
Et pour illustrer ses tristes paroles, YadNi Monde annonce la fin de la SIM Paris 1900 53/170/23, qu’il a créée il y a deux ans, mais qui est vouée à la destruction à partir du 15 novembre prochain, faute de financement ! L’augmentation des tarifs de Linden Lab sur les low-prim SIMs aura sans aucun doute été un élément déterminant… Des mois de travail, un investissement en temps considérable qui va finir englouti dans les limbes du néant. « Ça me fout les boules, et ça ne m’aide pas à être moins punk et moins amer… »
Alors en attendant, afin que son travail ne soit pas oublié, l’artiste a commencé à archiver quelques images sur son compte Youtube.
Mais cela ne l’empêche pas de continuer à se connecter sur SL pour créer encore et encore, à raison de 6 à 10 heures par jour. Parfois plus, parfois moins… « Dans la vraie vie, il n’y a pas de taff pour moi ; je ne vaux pas tripette, toute ma culture, tous mes savoirs faire, tout ce que mon œil peut voir et ma main faire, ça ne fait que m’étouffer parce qu’inutile.
Mais ici, j’aime ce que je fais… Aujourd’hui, je ne fabrique plus que sur commande unique, pour la personne qui en fait la demande. En ce moment, j’ai un gros chantier sur les quatre îles Bourbon, où je recrée le « palais des gouverneurs », sur ce qui est une évocation de l’île de la Réunion ».
Incroyable -et effrayant- qu’autant d’imagination et de talent ne soient pas plus rémunérateurs… De nombreux artistes ont eu un parcours assez proche dans la vraie vie. Le peintre Vincent Van Gogh, pour n’en citer qu’un, n’a curieusement accédé à l’immortalité qu’après sa mort. Tout ce qu’on peut souhaiter à YadNi Monde, c’est d’enfin obtenir la reconnaissance qu’il mérite du grand public, dans la réalité, et surtout de son vivant !
EHB.