La bibliothèque Francophone à l’honneur sur France3 Bretagne!

Par Etienne Boyer le 03 novembre 2009 - Donnez votre avis

C’est passé hier soir sur France3 Bretagne! A l’occasion du vernissage de l’exposition de Geoffrey Dorne dans la bibliothèque francophone dans Second Life sur Ebeoplex, une équipe de journalistes de la chaine publique s’est faite invitée in SL par Hugobiwan Zolnir. cette équipe a produit un reportage assez court, mais qui a le mérite de montrer Second Life et ses résidents sous un jour nouveau, plus sérieux que de coutume.

On y parle de MMORPG (massively multiplayer online role-playing game) bien sûr, mais aussi de lieu de rendez-vous pour les bibliothèques et les universités (comme Télécom Bretagne). On y apprend surtout que les entreprises -comme le Crédit Agricole- prennent les mondes virtuels très au sérieux et ont commencé à les investir.  L’argument principal  étant qu’une réunion in world réduit énormément les coûts en matière de transport (sans le fameux « bilan carbone »), et de frais de logement.

Interview de Hugobiwan Zolnir, fondateur de la bibliothèque francophone

Par Etienne Boyer le 10 septembre 2008 - 1 Commentaire

Dans la vraie vie, il se nomme Hugues Aubin, il est chargé de mission TIC à la ville de Rennes. Mais sur Second Life, son alter ego s’appelle Hugobiwan Zolnir, et il est le fondateur de la bibliothèque francophone (née en février 2007), hébergée par Emmen Tal sur l’île « Ebeoplex », elle-même sise dans l’archipel « Territoire Digital ». Il nous explique, au travers de cette interview, comment, et pourquoi est né ce grand projet :

Montparnasse Belgar : Qu’est-ce qui vous a attiré sur Second-Life ?
Hugobiwan Zolnir :  Je travaille en lien avec Internet depuis 1994. Et de manière autodidacte je m’intéresse depuis ce moment là aux services émergents. Lorsque la vague médiatique a parlé de Second Life, je me suis créé un compte pour y aller voir. L’attraction de ce monde a été pour moi le principe que tout y est créé par les internautes. Et l’idée que l’on puisse parcourir ce monde en immersion me fascinait (et me fascine toujours). J’étais particulièrement avide de voir ce que SL permettrait en terme de communication avec l’extérieur. En outre, il me paraissait évident que comme sur le web 2D, je trouverai des passionnés de livres ; et j’ai donc, au troisième jour, demandé où se trouvait la bibliothèque…

MB : Et il n’y en avait pas ?
HZ : C’est ce que m’a appris celui qui aujourd’hui, est devenu notre mécène : Emmen Tal ; que j’ai rencontré par hasard dans une galerie dans laquelle j’avais placé un blogmic (micro envoyant des textes à la volée sur les blogs). Il m’a alloué un premier terrain sur lequel nous nous sommes implantés. Mais au départ l’idée était pharaonesque, puisque je voulais faire une bibliothèque avec toutes les références ISBN, des étages, la nomenclature idoine, etc.

MB : Ce n’est pas le but premier de la bibliothèque francophone…
HZ : je suis allé visiter la zone internationale de la library 2.0 (le top !), et j’ai blogué mes illusions. Mais vite, j’ai appris sur notre petit pré vide que le potentiel était beaucoup plus dans la relation entre personnes passionnées par le livre, que dans le catalogue !
On a donc construit un premier bâtiment, puis on a lancé les « poèmes masqués », codé wikipedia, installé des téléports vers des lieux culturels, et contacté au culot des artistes de niveau mondial afin d’exposer leurs prototypes de lecture. Le premier de ce niveau fut « esselle text expresso » de Frans Charming, second prix mondial du concours « livre » dans SL en 2006.

MB : Comment la bibliothèque s’est elle développée ?
HZ : Une première réunion se fit sur un livre volant au dessus d’un pré, et nous étions 12. A l’époque nous faisions beaucoup d’orientation vers l’accueil francophone Gaia.
Mais nous avions déjà rencontré des amis étrangers. Ce qui fait que nous avons organisé une rencontre entre français et italiens et allemands : tous des bibliothèques non officielles a but non lucratif. Puis la première conférence a eu lieu, avec l’auteur du livre « Gutenberg 2.0″, Lorenzo Soccavo. Le succès de cette conférence nous a amené à être contacté par des artistes réels entrant dans second life, et aujourd’hui de renom, comme Mariaka Nishi, ou Yannminh McDowwll La coopération francophone nous a également épaulé en relayant nos panneaux et affiches. Cela nous a encouragés à développer le groupe, et à structurer la forme en thématisant les espaces.

MB : Comment avez-vous financé ce projet ?
HZ : Nous comptions chaque Linden dollar. Seule une tirelire amenait l’argent pour payer les uploads. Chaque linden servait a uploader une texture pour les poèmes, livres et affiches. Je ne me souviens pas avoir acheté quoi que ce soit avant septembre 2007 !

MB : Vous évoquiez les Poèmes masqués, de quoi s’agit-il ?
HZ : l’opération poèmes masqués a consisté à être des sortes de « prêtres ». Les avatars n’ont pas l’anonymat, puisqu’ils ont une réputation. Donc, ils ont autant de retenue que dans la vraie vie pour s’exprimer. L’idée de « poèmes masqués » c’est que tout avatar peut nous déposer un poème sous anonymat (ou pseudo bidon). Nous le mettons en page et l’exposons en garantissant l’anonymat. Nous en avons eu suffisamment pour relier un livre 3D (nous avons codé notre propre modèle). Ensuite nous avons lancé une souscription en dollars virtuels pour un premier recueil de nouvelles (de Robert Tach), relié dans le script de livre 3D de Coulaut Menges.

MB : Entre la première Bibliothèque Francophone et l’actuelle, il y a un monde… Que s’est-il passé ?
HZ : nous avons sur cette première biblio installé des prototypes, organisé des soirées. Mais très vite nous avons exposé des artistes, et aussi mis des modules pour des collectifs. Ce qui a fait que nous avons toujours (et c’est encore le cas) été en rupture de capacité technique en terme de prims (volumes constructibles). L’arrivée de Coulaut Menges comme bénévole a changé la donne, car Coulaut a du temps. Et le temps est ce qui est le plus précieux avec la capacité relationnelle et d’apprentissage, qu’il possède aussi. Son arrivée a permis d’avoir une quasi-permanence en journée entre juin et décembre 2007. Puis le concours organisé par le crédit agricole nous a doté d’un « trésor de guerre » qui nous a été très utile.
A ce moment là, nous étions en lien avec de gros collectifs de builders comme Cre@ction, ainsi que pas mal de professionnels. Donc il était clair qu’il nous fallait de la place, beaucoup plus de place ! En conséquence, nous avons sollicité notre mécène, la library alliance (fédération de plus de documentalistes et bibliothécaires réels dans SL), et d’autres amis…

MB : Mais aujourd’hui, vous vous retrouvez encore à l’étroit ?
HZ : Oui : par exemple, pour la performance live que nous faisons avec le théâtre Paris Villette le 8 octobre, il nous faut escamoter notre amphithéâtre volant. Pour le « Reality festival » à Paris, nous devons enlever une partie de l’espace presse, etc.
A ce jour nous avons organisé de nombreuses conférences dont certaines rl/sl, avec des professeurs, écrivains, réalisateurs, architectes IRL, designers, etc. Et nous avons encore beaucoup de dates en attente.
Mais autour de nous la vivacité de la communauté dans le domaine culturelle est intense : les avatars créent des associations « réelles », les festivals commencent à s’intéresser au phénomène et à y mettre de l’argent. La barre est donc haute. Notre chance, c’est d’être partis tôt, et donc de connaître infiniment plus de personnes compétentes que notre équipe !

MB : concrètement, que faudrait-il pour que la Bibliothèque Francophone soit idéale?
HZ : La BF idéale a un symbole graphique dans tous les environnements sociaux multi utilisateurs, en cliquant ce symbole une information multilingue guide les étrangers vers des ressources linguistiques (podcasts). Elle organise des événements partagés en « real life » avec de nombreux partenaires cinémas, théâtres et amphis d’enseignement. Elle peut se permettre des folies créatrices de ceux qui peuvent s’y exprimer sans droit d’entrée. Elle combine performance artistique et accès à des ressources textuelles et multimédia francophones. Elle repose sur un principe de promotion de la création francophone sans logique pécunière, et dispose d’une équipe à plein temps capable de rayonner via Internet, sur place dans les événements. Elle rassemble ses membres une fois par an dans un pique nique géant…
Nous avons interfacé dans un prototype 20 000 titres libres de droits en texte intégral, issus du projet mondial gutenberg.org, également réalisé un prototype d’envoi de téléchargement sur mobile depuis Second Life.
Nous avons de nombreux projets que l’on nous propose, souvent des acteurs importants et « réels », mais nos moyens sont nos nuits blanches !

MB : Justement, j’allais venir à ça : ça doit prendre un temps infini de programmer tout ça, non, de gérer, d’installer les expos, de faire les liens avec le projet Gutenberg… Ça  prend quelle part de votre vraie vie ?
HZ : Environ 15 heures par semaine, maintenant ! Depuis quelques mois nous avons quadruplé l’équipe. Elle compte désormais Ange Zanetti, le scripteur, Mallory Destiny, qui sait tout faire, et Coulaut, qui est un ancien et participe à des ateliers d’écriture. Il sait scripter, builder… De plus, nous avons des membres du groupe qui se déplacement physiquement pour rencontrer les conférenciers qui ne sont jamais allé dans SL. Nous avons mis en place un système simple : avatar conférencier, flyer, préparation du diaporama, diffusion du communiqué, rendez-vous IRL avec la personne, photos, compte rendu, blog, etc.
La conférence de Véronique Aubouy a par exemple été intégralement enregistrée en son pour rediffusion sur notre blog également. Nous pouvons mobiliser des bénévoles jusqu’à deux semaines sur site !

MB : Pour finir, et à l’adresse de tous les réfractaires aux univers virtuels, la BF existe aussi au format blog…
HZ : Oui, et il est d’ailleurs né une semaine avant la bibliothèque. Son adresse Internet est http://sldirect.Blogspot.com. Tout y est, y compris l’expression de l’idée avant la construction du premier prim. Mais j’espère qu’une bonne fée comprendra l’importance de disposer d’un point de contact francophone en mondes virtuels, et nous octroiera des moyens pour développer ses nombreux axes. Nous devons parfois prendre un jour de congé pour faire une performance sur Paris ou Lyon, en lien avec une bibliothèque ou un théâtre réel, mais quelle aventure !, Quelles rencontres ! Les artistes que nous connaissons sont exceptionnels, et nous espérons pouvoir leur offrir des fenêtres vers le public réel…

Catégories: Events, Littérature, People

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