Sur la route des citadelles cathares

Par Etienne Boyer le 10 décembre 2008 - 1 Commentaire

Sacremeustache Beerbaum est un grand ami de Mariaka Nishi et Naastik Rau, de la galerie d’art Tournicoton. Il a déjà collaboré à plusieurs travaux artistiques avec le duo. Ce coup-ci, c’est lui le héros du jour, même s’il revendique avoir reçu l’aide inestimable de Domi Ahn collaboratrice du guide touristique in SL), qui lui a buildé ce château flottant dans les cieux, et d’une manière générale celle de tous les membres de l’équipe. « Domi a reconstitué la forteresse de Montségur à l’échelle, avec des plans, et des photos que je lui ai ramenés, pour les détails. Il est comme dans la vraie vie : son orientation est dans son exacte position par rapport aux points cardinaux, et positionné à la même hauteur ». C’est donc une véritable œuvre d’art en trois dimensions, qui mesure 100×100 mètres (soit un quart de SIM) qui servira d’écrin à cette exposition de l’ange esselien…

L’empreinte de l’église romaine

Car dans la vraie vie, Sacremeustache est natif de ces terres, qu’il a saisi de nombreuses fois sur pellicule. Carcassonne, Quéribus, Montségur , Peyrepertuse, Miglos… Autant de lieux et routes par lesquels sont un jour passés les Cathares. Des noms qui n’ont plus de secrets pour l’ange, qui a fait pas moins de 780 clichés, et en exposera 48, répartis sur trois niveaux dans la forteresse. Une seule d’entre elle, qui représente un calvaire, a été nommée (Reconquista) par l’artiste. « L’histoire du Languedoc est intimement liée à celle des Cathares. Une civilisation en avance sur son temps, qui a été martyrisée, abattue, violée, massacrée, par l’inquisition et les chevaliers du nord. Ce sont certains historiens et hommes de Lettres qui l’ont replacée dans le contexte qu’il méritait, celui d’une église chrétienne, humble et pauvre. C’est une tragédie, qui nous ramène à l’actualité : celle de l’intolérance. »

EHB.

"La jetée des rêves" : Une histoire de vies…

Par Etienne Boyer le 13 novembre 2008 - 2 Commentaires

Mariaka Nishi, Maîtresse de Tournicoton Art Gallery in SL (241/1834/21), est Anne Astier dans la vraie vie : une artiste transdisciplinaire et transdimensionnelle -entre autres écrivain et auteur de plusieurs romans (dont « Le piano » éd. Robert Morel, sa toute première et unique publication à ce jour)- dont le site web un peu particulier est « un roman multimédia filmé à même la vie ».
« La jetée des rêves », c’est le nom de la nouvelle exposition de Tournicoton Art Gallery, qui, dans la continuité du travail initié avec « si vous m’aimez d’amour », raconte l’histoire de la rencontre SL/RL entre Mariaka Nishi et Anathaniel Gausman (caméraman et photographe dans la vraie vie). Interview avec les quatre tenants principaux de ce projet collaboratif :

Montparnasse Belgar : La jetée des rêves, c’est une exposition, mais de quoi ?
Mariaka Nishi : C’est drôle, un jour Anathaniel m’a rapporté cette même question qu’on venait de lui poser, et que j’ai trouvé pertinente. Parce qu’effectivement, tout le travail que j’induis ne se raconte pas en quelques phrases…  C’est la juxtaposition, la cohabitation de plusieurs choses qui en produisent d’autres encore. Et ce sont toutes ces imbrications qui créent ce qui est à regarder et à comprendre.
Ici je crois qu’on a travaillé de la même façon. C’est un peu cela que l’on appelle la transdisciplinarité, d’ailleurs. Cela implique plusieurs niveaux en même temps.
Anathaniel Gausman : Cette expo, c’est avant tout une RE-encontre, c’est la liaison de perceptions différentes de nous, plusieurs dimensions de nous. Je crois qu’on a essayé de prolonger quelque chose, qu’on a d’abord développé ici sur Second Life. C’est une rencontre physique dans un lieu de passage
(la gare St Charles, à Marseille – NDLR), mais pas uniquement. C’est aussi une sorte de communion des ressentis.

MB : En gros, c’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres de chair et de sang, et de pixels…
MN : Oui, c’est la construction de leur traversée de Second Life à la Real Life, imprégnée de leur qualité relationnelle déjà créée ici, sur SL. Ici, on travaille « en spéléologie ». J’ai voulu formuler cette exposition comme une exposition/livre/film, une façon de reprendre à l’échelle de ce que je fais maintenant sur SL, mon concept de « roman multimédia filmé à même la vie », mais en même temps, les frontières ne sont pas aussi nettes… Et puis ce que je fais sur le web est fondamentalement différent de ce que je fais ici, dans la mesure où je co-crée avec d’autres, chose que je ne faisais pas en RL. C’est la grande révélation que m’a apportée SL, et j’aime cette fusion –presque-, dans laquelle nous faisons émerger des parties de nous sous forme d’expositions.

MB : oui, parce qu’en plus, il n’y a pas que vous deux, d’impliqué dans ce travail collaboratif…
MN : ça va bien au delà d’une simple collaboration. Coulaut Menges (de la bibliothèque francophone – NDLR) qui y a participé, m’a assisté d’ailleurs à mes débuts. Il est le plus ancien partenaire qui soit à mes cotés, mis à part Naastik Rau (son compagnon dans la vraie vie – NDLR) bien sûr. ;-) .
Sayax Milev m’a aidé pour le montage, et Typote Beck a été notre conseiller cinématographique sur ce projet. La musique est de Philippe Kodekko. Enfin, Frao Ra nous a donné son bateau…
C’est presque une symbiose, il s’est passé quelque chose de différent –un liant supplémentaire- entre nous, et c’est pour ça que je ne parle jamais « d’exposition collective »… Sans ce liant je ne sais pas travailler. Il faut que je sente cette possibilité chez ceux avec qui je m’engage à travailler. Nous passons beaucoup de temps dans le lien pour faire émerger ce qui sera à voir…
Coulaut Menges : On est comme des électrons tournant autour d’un atome… Et on y est lié par une force commune. Et mon travail avec toi a modelé ma manière de penser la biblio… C’est un échange de part et d’autre !

MB : Mais l’expo photo est composée de plusieurs époques différentes, non? Que symbolisent-elles?
MN : Oui, on a fait une immersion dans le temps aussi, aussi bien Anath’ que moi-même.
J’ai repris des poses dans lesquelles j’avais déjà posé dans les années 80. Et lui aussi, savait que nous irions sur l’ile du Frioul, où il avait participé à la réhabilitation de l’hôpital Caroline, il ya une dizaine d’année, et il m’a envoyé une photo qui avait été faite de lui à ce moment là. Tout cela était des indices, en quelque sorte, de ce qui allait composer notre rencontre. Nous nous sommes appuyés sur quelques faits, ces photos anciennes, et aussi ce livre
(Le piano – NDLR) qu’Anathaniel a réussi à acheter par internet juste avant (ce livre est aujourd’hui introuvable dans le commerce. Dans le bâtiment qui est là, « le centre d’arts et d’essais transdisciplinaires » que j’ai créé ici, il y a une expo qui raconte ce livre, et son éditeur). On savait tous les deux qu’il amènerait ce livre pour que je lui fasse une dédicace. J’avais aussi une photographie prise de très près, du sourire d’Anath’. Je ne connaissais rien d’autre de lui physiquement. Nous avons joué avec ces quelques indices pour vivre, filmer et photographier ces destins croisés. Toujours ces touches qui se superposent, se mêlent, se répondent… Et puis j’aime partir d’histoires vraies…

MB : Ton livre, tu n’as pas eu envie de le republier sous forme de livre SL?, comme on en trouve à la bibli?
MN : Non, mais en RL, j’aimerais bien le republier, ainsi que les autres ! SL, c’est bien pour de petites éditions simples. Mais pour des livres plus complexes, je pense que ce n’est pas assez approprié. Lorsque j’ai écrit ce livre, et lorsqu’il a été publié, je savais qu’il serait « pour plus tard ». Je ne savais pas le dire mieux, mais je percevais qu’il y aurait un décalage entre sa parution et son « destin ». SL m’a permis de le ressortir, de revivre une forme de médiatisation en étant plus consentante qu’à l’époque, où j’avais 22 ans et où je manquais de maturité pour ça. J’aime travailler avec le temps, tu l’auras remarqué, mais sans passéisme ! Juste avec la conscience de sa texture, et de comment nous nous situons dans cette texture.

MB : Le damier tient une place prépondérante dans l’exposition. C’est quoi, l’échiquier de la vie?
MN : (rires), l’un de mes romans (non publié) s’appelle « les joueurs d’échiquiers ».
Ce sont effectivement les parties d’échec que nous jouons pour passer de ce que j’ai appelé : de la défiguration à la figuration. Ce sont des parties métaphysiques.
On allait tourner une dernière scène, la scène de la dédicace, mais on avait peu de temps avant le départ d’Anathaniel. Comme on passait devant ce carrelage, sur la colline du Pharo à Marseille, j’ai eu un flash : Il me fallait ces photos, et je les ai eues, en vitesse, et on en garde encore un grand souvenir, de cette course pour se positionner dans ce grand carrelage. C’est Naastik qui nous a photographiés de loin, d’en haut. Une sorte de dédicace symbolique, donc…

MB : Pourquoi ce titre : « la jetée des rêves »?
MN : Ah ! C’est un clin d’oeil à Chris Marker (qui m’a troublée, comme toute son œuvre : toujours en avance, il a fait représenter un espace sur Second Life, où nous nous sommes promenés avec Typote Beck) et à son film, « La jetée », que j’ai vu en 1979, puis revu par la suite, comprenant  à quel point il m’avait profondément marqué, voire influencé. Ce film parle de la possible et impossible histoire entre un homme et une femme, qui retraversent le temps pour profiter de quelques rencontres. Là est sans doute la trame en commun ! Passer de SL à la RL, c’est une chose qui pourrait être banale… Mais nous y avons mis de la conscience. C’est la substance de notre exposition. Anath’ a restitué l’ambiance de la jetée à merveille. Il m’a posé des questions, a passé beaucoup de temps à murir ça…

MB : Anathaniel, parle-nous un peu de toi in SL…
AG : j’expose dans cette dimension-ci, dans une petite galerie de Kuai Hele (L’île de Tournicoton). D’ailleurs la séquence SL du film, a été tournée là, au milieu de mes photos. C’est la rencontre avec Naastik et Mariaka qui m’a amené à puiser dans une partie de moi un peu enfouie, et de me remettre à la photo notamment. Ce fut chez moi un révélateur de quelque chose de profond. C’est suite à nos échanges que Mariaka m’a envoyé vers son site, que j’ai lu, relu, et dont nous avons beaucoup parlé. C’est comme ça que cette exposition, qui est une « histoire de vies » est née, en somme…

Willow Ahn : netphotographe dans sa seconde vie…

Par Etienne Boyer le 31 octobre 2008 - 1 Commentaire

Dans la vraie vie, Willow Ahn, (connue dans Second Life pour ses photos, et les expositions d’artistes -comme actuellement Line degli- qu’elle met en place sur sa sim Alchimie sur Himendhoo Island 59/210/54) est Sigrid Daune, photographe au ministère de la justice (voir sa galerie sur le web, ou son site de news sur les mondes virtuels).
Normande d’adoption, elle s’est mise à disponibilité pour donner libre cours à ses projets… « En fait, je voulais quitter Paris pour travailler sur des projets d’expos, et remettre à jour ma banque d’images, scanner mes argentiques : j’avais 50000 photos qui attendaient ! » Elle est tombée par curiosité sur Second Life il y a deux ans, lors du grand boom médiatique généré par les présidentielles. « La faute à Ségolène et Nicolas ! Et j’ai halluciné en arrivant ici, en voyant les possibilités offertes. J’ai tout de suite compris que ce n’était pas un jeu, et j’ai aimé cette nouvelle plate forme de communication. Je venais de me mettre en congé, et donc j’ai renouvelé ! Il est probable que si je n’étais pas partie dans ces projet RL/SL, je serais retournée travailler dans un ministère…»
Evidemment, il est difficile de vivre de son art, en particulier sur Second Life, mais Willow Ahn a juste la chance d’avoir un compagnon qui travaille en Real Life (il est indépendant en développement web – NDLR), et qui soutien ses projets artistiques, que l’on peut découvrir dans le château d’Alchimie par le biais d’un tableau holo-émetteur, un système peu gourmand en primitives, ce qui est très pratique lorsqu’on loue une île light…

L’âge d’or

Autodidacte à 100%, elle a commencé à s’adonner à sa passion de la photo dès l’âge de 8 ans. « Malheureusement, ma situation familiale ne m’a pas permis de suivre des cours d’arts ou de faire une école photo. J’ai donc appris toute seule, avec mes petits carnets, des notes… »
Ce qui est d’autant plus valorisant lorsqu’on voit le résultat… Cette jeune femme de 35 ans a déjà réalisé une cinquantaine de reportage pour le ministère de la justice, dans de nombreux domaines, comme en témoigne l’exposition « Justice hier » visible dans le château d’Alchimie. Mais elle a aussi effectué quelques travaux personnels, comme un reportage à l’imprimerie nationale, sur les anciens métiers du livre, sur l’apiculture, etc. qui sont toujours inédites. « Je comptais faire des expos avec, cette année justement. J’ai ressorti tout le matos et réinstallé mon labo noir et blanc, et je vais entrer en contact avec les maires d’Evreux et de Louviers, où je vis, pour ce faire ! Et je compte aussi proposer une expo SL en RL ! »
Et l’idée est tout de même bien avancée, puisqu’elle attend les premiers tests de tirages par interpolation. « Je ne sais pas encore trop ce que ça va donner en définition, car c’est du 72 pixels par pouce, mais ce sera vraisemblablement au format 30×45 », positive t-elle.
Mais c’est surtout sa participation à divers concours de photos in world (qu’elle a remportés par deux fois) qui l’a révélée.
Sa passion pour la photographie est telle, qu’avec Chelmy Dixon, un builder de Second Life, elle s’est même mise –pendant un temps- à fabriquer des reproductions d’appareils photos ; un système D qui lui a assuré un revenu lui a permettant d’occuper son espace virtuel sans dépenser d’argent supplémentaire.

Mais la menace plane…

D’ailleurs, Willow Ahn a toujours su s’entourer des bonnes personnes. Car comme un bijou précieux dans son écrin, elle aime que les expositions aient leur décor. Avec Mo Ames (graphiste 3D), par exemple, elle a pu recréer un décor de château assez somptueux sur Alchimie, ou encore un cimetière qu’elle a spécifiquement utilisé dans le cadre de son projet sur l’architecture et les arts religieux.
Avec Olivier Perl (graphiste professionnel plutôt orienté web et print, quant à lui), elle a pu réaliser -entre autres- le cloître.
Aujourd’hui, tout comme de nombreux autres artistes (jamais très fortunés) sur Second Life, dont elle accueille régulièrement quelques spécimens et leurs travaux sur son île (elle a par exemple réservé le cloître aux e-troubadours, Karen Guillorel et Vincent Radix et leur projet Traverses), elle se sent menacée par les nouvelles mesures financières annoncées par Linden Lab. Et afin de manifester ouvertement son mécontentement, elle a mis le feu (virtuel) à son île, planté des drapeaux contestataires partout, et suivi les manifestations sur les îles Linden, par le biais du groupe SOS, créé pour la circonstance. « Leur façon de gérer est très mal perçue par les résidents. Ils montrent encore une fois qu’ils font ce qu’ils veulent, du jour au lendemain. En janvier, je n’aurai plus les moyens de payer le loyer de mon île, et je serai dans l’obligation de fermer cette galerie qui m’a pris tant de temps à construire. Alors le 31 octobre, je suivrai la grève de Second Life ! Je me contenterai de la page d’accueil… Crois-moi : Il va falloir que je lutte pour ne pas appuyer sur ma connexion (rires) ! »
En attendant, Sigrid/Willow prévoyait d’accueillir d’autres artistes (un photographe et un peintre) à exposer, mais a dû se résoudre à tout mettre en stand-by, suite aux récents évènements : « Je vais voir pour les installer sur la Francogrid, où j’ai aussi un spot… Peut-être que ça va les intéresser quand même ? »

EHB

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