Par Etienne Boyer le 29 octobre 2008 - 8 Commentaires
Alors que la crise financière mondiale fait toujours rage, que la bourse se mord la queue, Linden Lab annonce dans son blog officiel une augmentation des honoraires des openspaces de 66%, ces « îles light » destinées théoriquement à n’héberger que des mers, ou de petites îles non habitées… Selon l’éditeur de Second Life, l’engouement pour ses SIMs a été tel, et leurs utilisations à tel point détournées de leur but initial par certains résidents, que cela génère de gros soucis d’ordre technique (comme le « lag », par exemple). Et ce serait essentiellement à des fins d’améliorations de service que la société californienne, leader dans son domaine, aurait l’intention d’augmenter ses tarifs dès janvier prochain.
Une décision unilatérale loin de faire l’unanimité, même chez les entreprises clientes, et qui en tout état de cause ne semble pas être du goût des résidents (toutes nationalités confondues), qui, depuis que la nouvelle est tombée (à quelques heures d’Halloween, « la fête des morts »…), ont pris d’assaut la SIM Linden Estate Service 128/128/38, organisent les représailles, et manifestent leur mécontentement par diverses actions graphiques (drapeaux explicites, jets de particules, Pinocchios géants, Tee-shirts, flood…) qu’on n’avait plus vues depuis les élections présidentielles françaises, en 2007 !
A l’heure ou nous rédigeons ces lignes, des rencontres organisées par le collectif SOS (monté pour la circonstance) ont eu lieu un peu partout sur SL. Mais on rapporte déjà que des avatars manifestants auraient été définitivement supprimés pour cause d’atteinte à l’ordre public, qui constituent une « violation des Terms of Service ».
Le temps des représailles
La communauté des blogueurs SL n’est pas tendre non plus (lire ici, ici, et là, par exemple), avec ces nouvelles mesures, en incitant notamment au boycott de Second Life jusqu’au 31 octobre, à ne pas acheter de Linden Dollars pendant une semaine, ou carrément à quitter Second life pour venir s’installer sur des grids OpenSim (comme OpenLife grid, où il y aurait déjà eu 800 inscriptions depuis l’annonce, paraît-il !). Le but étant bien entendu de marquer sensiblement un impact sur les statistiques de Linden Lab.
« Les statistiques, c’est le seul langage qu’ils comprennent », explique Netpat Igaly, propriétaire des 25 îles du continent Admicile 128/128/28, et dont 20 d’entre elles sont des openspaces. Pour lui, cette augmentation est synonyme de catastrophe : « Cela va nécessairement entraîner la destruction de tout ce qui n’est pas « rentable » et empêcher tout projet créatif à but non lucratif : adieu la librairie, les musées et galeries, les accueils ; exit les bacs à sables, les zones à freebies, les espaces créateurs… » Pour Netpat, il est évident que Linden Lab ne pouvait pas être naïf au point de penser que ces LowSIMs resteraient des mers ou des îles jonction non-peuplées entre les continents.
Mais la décision touche aussi les petites entreprises virtuelles qui fleurissent dans Second Life, et qui se disent d’ores et déjà en situation précaire face à la crise.
La fin des haricots pour les créatifs ?
Takumi Heberle ne possède qu’une seule SIM openspace (AphRomu Paradise 73/74/22), sur laquelle elle a implanté sa boutique de hair-design. Elle était elle aussi parmi les manifestants : « Je suis verte ! Déjà que le commerce ne marche pas trop bien ces temps-ci, alors si en plus ils augmentent les « fees », ça va causer notre perte ! Avant la crise, j’en vivais assez bien. J’ai eu des mois à 500 euros de gains, -quand même- auxquels il fallait invariablement déduire 80 euros de loyer. Mais là, avec la crise, et l’augmentation à 125 euros, ce ne sera plus jouable ! Avec ces tarifs je vais sûrement être obligée d’augmenter mes locations. Ce qui est dommage car ici il y a beaucoup de jeune créateur pas très riches, et si sa devient trop cher, ils ne resteront pas. Et donc cet endroit n’aura plus lieu d’exister.» En gros, si Linden Lab ne peut pas être taxée de « responsable de la crise », la société est néanmoins accusée d’y contribuer, ou du moins de l’injecter dans Second Life…
Pour Marc Moana, du collectif artistique Aire, si les activités sont différentes, la finalité est la même : « ça fait un moment qu’ils nous prennent pour des vaches à lait, et appliquent une logique néolibérale de « profit à tout prix ». Je crois que ce coup-ci, ils ont oublié que ce sont les résidents qui font SL ! ».
De son côté, Merlin Tilling est un particulier qui veut offrir du rêve sur ses parcs d’attraction. Il ne tient pas à répercuter ce surcoût à ses résidents, pour lesquels il vient de faire l’effort d’investir en lowSIMs. « Je ne suis pas là pour faire du fric, mais pour jouer ! Et Linden vient de changer les règles ! »
Exit les tarifs « SIMs éducatives »…
Même combat pour les SIMs qui bénéficient actuellement de tarifs éducatifs âprement négociés. Sur Arcachon 210/224/25, par exemple, le mécontentement est très palpable… Les drapeaux et les Pinocchios géants ont poussé un peu partout. Nocsorg Razor, qui fait partie du groupe en touche quelques mots : « Comme tout le monde on ne sait pas si on va pouvoir continuer, car on est sans subvention, et c’est dommage de gâcher autant de travail. Surtout que Linden Lab ne fait que ramasser après ! Ce sont les gens qui créent et qui font avancer tout ça. C’est vraiment idiot de nous tomber dessus par derrière, après nous avoir fait une ristourne ! Tout ce qu’ils vont gagner, c’est qu’on va aller sur Opensim, qui se monte et évolue bien… »
A Tahiti, sur France Paradise 126/108/102, Leroy Noël, qui n’a pas monté de commerce et qui souhaite favoriser l’entraide qualifie la méthode de Linden Lab de plutôt maladroite : « Les openspaces devraient avoir une utilisation plutôt esthétique que business. Disons que c’est plus facile de s’acheter une île light lorsqu’on veut faire un truc sympa, artistique, culturel ou social. Mais là, c’est devenu du gros business de vente, de location et de sous location. Je pense que c’est pour ça que Linden a voulu faire le nettoyage. Malheureusement, là, ce sont tous ceux qui ont des projets créatifs qui vont en pâtir ! »
Bref, il est encore trop tôt pour pouvoir dire où cela va mener, mais il semble que les résidents SL n’aient pas l’intention de laisser passer l’affaire, et se sont même entendus pour mener une action boycott d’envergure le 31 octobre… A suivre ?
EHB