Chirurgien esthétique sur Second Life!

Par Etienne Boyer le 18 février 2009 - 7 Commentaires

Myriam Republic, skineuse professionnelle sur SL!Myriam Republic possède la SIM Best Skin 220/53/27. Son job sur SL, c’est de confectionner et vendre des skins et des shapes* en très haute qualité de définition. Elle a bien voulu raconter à Monty Belgar comment elle s’est lancée dans le commerce in world…

Montparnasse Belgar : Bon, alors, raconte! Qui es-tu, et que fais-tu sur Second Life?
Myriam Republic : En fait, je suis créatrice de skins et de shapes, et je les vends ici en magasin depuis février 2008. Avant, je relookais les avatars sans avoir de magasin; car j’ai démarré SL en janvier 2007, comme tout le monde, en commençant par le bas de l’échelle! J’ai appris grâce à des américaines qui m’ont fait faire les boutiques, et dépensaient beaucoup… Des centaines de Dollars par jour. Pas des Linden Dollars, hein? Je parle bien de Dollars US! Donc j’ai appris à connaître les bons magasins, etc. Ensuite, j’ai commencé par les shapes, en fonction des skins que je faisais acheter à mes clientes. Puis en février 2008, une amie ma décidée à ouvrir un magasin sur une parcelle de 4096 prims. Celui où nous nous trouvons actuellement, d’ailleurs. C’est le premier terrain du premier magasin! Ensuite, petit à petit ça a grossi. Mais au départ, on n’avait pas beaucoup de choses!

MB : Et aujourd’hui, te voilà propriétaire d’une SIM entière!
Myriam Republic : Oui, aujourd’hui jai une sim avec plusieurs magasins de styles différents. On y trouve essentiellement des skins et des shapes, mais aussi des vêtements, des bijoux, des lunettes, des cils et des montres! Je ne m’occupe que des skins et des shapes, mais j’ai racheté à un ami qui a quitté SL ses créations de montres. Pour les vêtements, je travaille avec des créateurs que je connais bien, et que j’ai sélectionné pour leur qualité de travail, car la création de skins, ça prend beaucoup de temps, et je ne peux pas tout faire!

Monty Belgar a un sérieux besoin de relooking... Problèmes de peau, corpulence... Il fallait tout revoir à zéro!MB : Ah, justement, as-tu des salariés?
Myriam Republic : Non, mais je paye des photographes quand j’en ai besoin, comme Willow Ahn, que tu connais déjà, ou d’autres. Parce qu’un oeil de photographe pour les prises de vues, c’est mieux. Et surtout, les photos de Willow, c’est un gros plus! Pourtant, j’avais une très grande photographe SL avant. Mais Willow est aussi photographe en RL, et ça change beaucoup de choses!

MB : Tu peux me donner une fourchette de prix, pour tes skins?
Myriam Republic : Mes skins sont vendues 2000 L$, et les skins avec shapes et notecards de suggestions de présentation (pour les tenues, les yeux et les cheveux etc.) : 3500 L$. Mais je fais aussi des shapes sur mesure à 2500 L$, et des maquillages spéciaux sur demande, pour mes skins. En gros, à partir de photos RL, je peux faire que l’avatar ressemble à la vraie personne… Même si maintenant, j’en fais de moins en moins par manque de temps. Après, je peux rajouter des grains de beauté, faire des cils ou des ongles, des couleurs de lèvres différentes… Bref, tout ce qui peut embellir la femme, mais toujours en restant dans “le naturel”!
Je vends aussi une skin “homme” (une autre sortira cette année, je pense), bien que je sois spécialisée en skins féminines! Mais quand on travaille seule, ce n’est pas simple de tout faire!

Un petit peu de shopping avec Lynet Lytton, ça ne peut pas faire de mal!MB : Excuse l’indiscrétion, mais tires-tu un revenu de cette activité commerciale in world?
Myriam Republic : lol, on peut dire que oui, mais je ne m’étalerai pas sur le sujet!

MB : Tu ne fais plus que ta boutique SL, ou tu as un job dans la RL?
Myriam Republic : j’ai un job RL aussi : je suis graphiste et créateur de sites, et je travaille dans le marketing Internet, et notamment le référencement.

MB : Okay! Qu’est-ce qui t’a donné envie de monter ce commerce? Combien de temps cela te prends t-il?
Myriam Republic : Ben en fait, au départ, c’est un ami bijoutier dans la vraie vie qui ma parlé de Second Life, en me disant que certains de ses clients très riches jouaient à ce jeu. Alors comme en plus le relooking in SL était devenu ma passion, j’ai décidé de me lancer.
Sinon, ça dépend vraiment de l’inspiration, mais par exemple, en ce moment, je passe à peu près deux heures par jour in World. Mais quand je créé des skins, alors j’y passe vraiment du temps!
J’aide aussi souvent les gens à comprendre la différence entre Skin et Shape. Les nouveaux, et même certains anciens ont du mal à comprendre le concept… *Donc je précise aussi pour tes lecteurs : la Skin, c’est la texture de la peau, les détails du visage, la couleur des lèvres, le maquillage, les grains de beauté, le sexe, etc. C’est ce qui donne l’aspect réaliste à l’avatar. La Shape, ce sont les formes et la taille, bref, les mensurations de l’avatar, et l’architecture finale de son visage.

MB : Justement, puisqu’on parle d’inspiration… Tu fais tes skins en pensant à des gens en particulier (je parle de célébrités, comme les mannequins, stars de ciné, etc…), ou n’as tu que l’imagination pour muse?
Myriam Republic : Non, j’assemble des parties de corps, j’essaye de faire des visages de skins neutres, pour pouvoir travailler les shapes après, car le skin a plus de potentiel comme ca. En fait,  c’est la shape qui donne le résultat final. D’ailleurs nos skins vont généralement avec la majorité des shapes des clients, si bien évidement la shape est de qualité… C’est un travail d’harmonisation.
Ensuite, je regarde les profils des gens, leurs photos RL, et je m’en inspire lorsque ça me plait. Parfois même, en me baladant dans Second Life et en achetant des vêtements, je fais la shape!

Et voilà le travail! Porte-feuille allégé de 2000 L$, mais effet assuré! Juste une petite précision, les photos des modèles "Loana" sont de Willow Ahn...MB : Bon, tu fais de bien jolis avatars (qui sont souvent des canons de beauté)… ça t’est jamais venu à l’idée de faire des gens laids, ou des extraterrestres, mais de qualité? Par exemple, il y a un paquet de RolePlays, des Cyberpunks, des Vampires, des Jedi…
Myriam Republic : Ben mon créneau, ce serait plutôt de faire des gens beaux! En fait, j’essaye le plus possible de me rapprocher de la vie réelle, de faire en sorte que les gens se sentent bien dans leur avatar… Certains s’inventent des vies ici, d’autres veulent y être comme en RL. Ça fait partie du choix marketing que j’ai fait. Mais je peux faire ce qu’on me demande, car le but, finalement, est d’arriver à satisfaire les gens!

MB : Selon toi, qu’est-ce qui fait la spécificité de ton travail?
Myriam Republic : j’essaye de me rapprocher le plus possible de la vie RL, dans les détails. Sinon, j’essaye d’être proche de mes clientes, de bien comprendre leurs envies, pour mieux les reproduire. Parfois, ça va même très loin -et la c’est spécial- jusqu’à avoir les mêmes parties intimes qu’en RL! C’est marrant!

MB : Uh, ça c’est trash! Je me demande bien ce qu’on peut rechercher avec des idées pareilles!
Myriam Republic : toujours pareil : c’est le soucis du détail, notamment lorsque l’avatar est très proche du corps de la personne, dans la vie réelle! On me fait parvenir une photo coupée juste sur la partie du corps voulue. Pour ce type de demandes, ce ne sont généralement pas des clientes françaises. D’ailleurs, je travaille essentiellement avec des clientes étrangères : Allemagne, USA, Japon, Arabie Saoudite, Australie, île Maurice, Hawaï… Ensuite, je pense qu’il y a  aussi pas mal de magasins de vêtements, qui s’en servent pour mettre en valeur leurs tenues. C’est très important. D’ailleurs, certains produits sont adaptés suivant les pays. Chaque Skin est déclinée en série de 4 à 6 couleurs, mais par exemple, Les skins “Xtralight”sont plutôt prisées par les pays asiatiques. En Europe, c’est plutôt les “Light” (normal) et “Med”(bronzés)…

MB : Tu veux dire que dans cet univers des possibles, les gens cherchent à ressembler absolument à ce qu’ils sont dans la vraie vie?
Myriam Republic : Non, pas tous. Mais comme le concept de ces boutiques-ci, c’est ça, les clientes qui y viennent le font dans cette optique : elles savent qu’elles ne seront pas déçues! A chacun son créneau, même si peut-être qu’un jour, je peux me décider à faire un magasin spécialisé pour Nekoes (avatars mi-humains, mi-animaux, comme la société des hommes-chats dans le RP Midian City – NDLR) ou autres!
On peut juste dire que je suis une sorte de chirurgien esthétique du jeu. Par exemple, j’ai inventé des ombres autour des seins qui n’existaient pas avant, et qui les rendent plus réalistes…
Le problème est aussi que le regard des gens dépend de la qualité de leur carte graphique! Meilleure est la carte, meilleure sera la définition des détails. En plus, cette année, on va passer dans des résolutions de travail plus importantes, donc un bon matériel sera de rigueur!

MB : Un petit Scoop, pour terminer?
Myriam Republic : j’ai un nouveau modèle qui sortira en mars. Il sera spécial, avec une innovation qui fera sans doute une petite revolution, et que les autres créateurs copieront! Je n’en dis pas plus, car c’est encore top-secret! ;-)

Propos recueillis par EHB.

Catégories: Actualités, People, Technos

Parc des Arts sur Second Life, et bientôt ailleurs…

Par Etienne Boyer le 21 novembre 2008 - 4 Commentaires

Yperfokal Allen et Formentera Voom sont les deux « patrons » du Parc des Arts in SL. Montparnasse Belgar les a rencontrés et cuisinés sur leurs activités, ainsi que leur vision du monde virtuel de Linden Lab. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que leur regard est plein de recul, et qu’ils ne mâchent pas leurs mots ! Entretien…

Montparnasse Belgar : Présente-moi Le parc des Arts…
Yperfokal Allen : le parc est le fruit de la réunion du travail de deux groupes : Imaginart et Mecenart. Nous avions créé des groupes Formentera Voom et moi, afin de présenter le travail d’artistes. Notre démarche de départ était différente. « Form » (qui est aujourd’hui notre présidente) travaillait déjà bénévolement avec des associations in Real Life, qui aident à la diffusion d’artistes. Ce qu’elle a fait ici est la continuité de sa passion RL. Moi j’étais là pour travailler le design, et utiliser Second Life comme un support de création pour mon job (je suis designer et architecte d’intérieur). Mais je n’utilisais que peu de place et peu de prims. Alors j’ai commencé à monter un espace sur une « sky » pour présenter le travail d’artistes que je connaissais. Ceci sans aucun lien d’argent…
Puis j’ai acheté un terrain plus grand…

MB : Une forme de mécénat, donc ?
YA : Disons que c’est en quelque sorte un usage SL du développement durable… J’ai eu besoin de place pour mon job, alors je me suis demandé « pourquoi ne pas partager ce que j’avais, et le mettre à disposition des autres ? » Donc je prends ce dont j’ai besoin, et le reste je le laisse à d’autres créatifs.
Un jour une personne « Cherry Manga » a offert un terrain a Formentera pour qu’elle puisse déménager Imaginart dans un environnement plus léger que celui où elle était. Parce que le problème de Second Life, c’est que du jour au lendemain, tu peux avoir une Sim de guerre a côté qui s’installe en RolePlay… Avec son lot de béton et chars d’assaut !
Avoir deux groupes ne servait a rien, sinon à se sentir chef et important ! Nous avons donc mis fin à nos groupes respectifs au profit d’une solution collective : l’association Parc des Arts, oeuvrant autour de la promotion et de la diffusion de l’art. Les valeurs et les objectifs étaient à présent les mêmes ! Beaucoup de personnes nous ont aidés, encouragés…
Et puis, on c’est dit qu’il était dommage de rester loin, l’un de l’autre. Alors j’ai lâché mes locations pour acheter ici, avec elle. Nos deux identités sont bien là, mais nous les avons gérées en harmonie. La suite tombe sous le sens…

MB : Il existe plein d’autres galeries francophones d’art sur SL, pourquoi n’avoir pas tous fusionné?
YA : Il y a, à mon sens, trois méthodes et trois esprits : la première est une galerie au sens propre du terme, avec pour but la vente d’oeuvres d’art. Nous, nous avions choisi de ne pas faire de business, ce qui est une parfaite utopie ! Nous avons peu de moyen, et mettons ici tout notre budget. Nous payons avec Formentera une location de près de 350 euros par mois, soient 15% de nos revenus…
Le second type de galeries est plutôt une galerie au service d’une personne en particulier. Il y a des endroits superbes comme l’ile Moya. Là, pas de soucis : il y a un concept, un artiste, du fond, de la forme, et c’est très bon. Il existe aussi des endroits où tout un chacun peut monter sa propre galerie au service de son ego, pour se faire plaisir… Toutefois, c’est dangereux, car il y a beaucoup de flatteurs sur Second Life. Il est facile de s’entourer de gens qui flattent, et beaucoup plus difficile d’accepter une critique, un avis, et de continuer à travailler !

MB : Ce qui est étrange… Dans la mesure où justement, on pourrait facilement -en tant qu’anonyme- balancer pas mal…
YA : Oui, mais c’est  l’inverse qui se produit, quand on ne connait pas grand-chose (rires) ! Un peu comme le roi et sa cour, donc… Il est plus facile de dire: « Oh, bravo, c’est sublime!!! », que de construire une remarque et de l’argumenter. Non, il ne faut pas y voir des enjeux : les gens sont sur SL dans des buts différents. Certains pour y vivre d’autres choses, et d’autres sont sur SL comme en RL, chacun dans son registre.

MB : On ne va pas citer de noms, si?
YA : Tu connais la célèbre phrase : « Les hommes aux valeurs humaines, intelligents et soucieux des autres se reconnaitront à l’inverse des mots dictés ici, les imbéciles imagineront sans doutes que l’on parle des autres… »

MB : Hum, bon… Et le troisième type de galeries ?
YA : Ce sont des endroits comme la bibliothèque francophone, ou les galeries crossworld. Ce sont des lieux ou l’on recherche la qualité, où l’on veut faire découvrir l’art sous différentes formes, avec des techniques différentes. Nous avons souvent ouvert la porte pour chercher des moyens de relier ces univers. C’est difficile, car il y a de tout coté de fortes personnalités, et chacun craint de perdre quelque chose…

MB : Mais étrangement, on retrouve dans chacune des ces formes de lieux d’exposition des artistes récurrents, comme par exemple Frao Ra, qui a créé le lampadaire sur lequel nous sommes assis…
YA : Oui, alors ça -Frao Ra mis à part- c’est un des problèmes de SL !  Il fait partie du groupe depuis longtemps, et nous a aidés à concevoir ce lieu. Il n’expose pas les mêmes choses, mises à part quelques pièces, sinon, il recréé avec son identité. Alors pour être honnête, c’est vrai que ça gravite souvent autour des mêmes personnes, qui tournent de galerie en galerie…
Présenter des choses différentes dans des endroits différents, c’est parfait : Frao Ra, Aristide Despret, pas de problème ! Mais présenter les mêmes choses pendant un an, sans rien faire de nouveau et à plein d’endroits différents, cela n’a aucun intérêt. Et c’est souvent le fruit de personnes qui n’ont pas particulièrement du talent…
Cela pose aussi le problème des droits d’auteur. Nous avons souvent vu des personnes utiliser des photos prises sur Internet, et les présenter sur SL sans donner le nom de l’auteur, ou encore des personnes utiliser des oeuvres faites par d’autres dans un autre contexte. La technologie s’y prête, alors forcément, il y a des abus… C’est le danger ! Ici, nous veillons à cela. Nous faisons venir sur Second Life des artistes qui n’y sont jamais venus. D’ailleurs, la plupart des expos en ce moment sont celles d’artistes qui ne sont jamais venus sur SL.
Nous sommes partenaires et représentants de l’association UPC, une association de photographes-auteurs, qui défendent entre autres le droit d’auteur. Il faut être très vigilent, tu sais ? Ici, le dérapage est facile. Et être en désaccord avec quelqu’un peut donner des résultats inattendus ! Je ne rentrerai pas dans le détail…

MB : J’ai cru constater, effectivement… ça m’a surpris que ce qui peut se dérouler parfois dans la vraie vie puisse aussi arriver sur SL!
YA : C’est pire sur SL ! Les mots vont plus loin ! Dernièrement, sous prétexte que je demandais des explications aux organisateurs d’une expo qui ont utilisé des oeuvres SL qui ont été créées pour l’exposition permanente « Prévention sida », nous avons été traités de « secte et de nazis »… Les mots vont loin ! Il serait beaucoup plus difficile de dire cela de vive voix. Or, tu l’as vu sur notre site : les statuts y sont, les comptes sont clairs, nous n’avons pas d’intérêts persos, et sommes ouverts à la critique. J’ai mis six mois pour réaliser le concept des salles d’expo. Alors reprocher aux autres ce que l’on fait soi même, c’est de la propagande !
En fait, la question est la suivante : peut-on faire sur SL n’importe quoi, peut-on dire et faire les choses sans éthique ? La loi est-elle ici « le non respect des droits élémentaires » ? Chacun fait son choix. Donc pour répondre à ta question sur les autres endroits et les alliances possibles, je pense qu’il faut des choses différentes, mais de qualité. Je pense qu’il faudrait organiser un réseau, afin de mettre en commun un certain nombre de moyens. Nous ouvrons la porte depuis le début. Certains nous rejoignent…
Je vais te donner un exemple : nous réfléchissons à la possibilité de monter notre propre grid, hébergée sur notre propre serveur. Tous ceux qui le souhaitent peuvent participer au projet, y compris des personnes qui ne font pas parti de l’association. Nous avons créé sur le forum interne de l’asso une page spécifique pour donner accès aux non-membres, par le biais d’un code. Nous mettons en commun les ressources et les recherches, peu importe que d’autres copient, au contraire ! Tous ceux qui participent comprennent l’importance de partager. Nous testons en ce moment, mais l’idée est de fédérer. Chacun gardera son identité, il n’y aura pas de règles ni de lois, mais chacun respectera une éthique et des buts communs : pas d’argent, mise en commun des ressources (build, textures, scripts…). On ne sait pas si on va réussir. Mais comme on dit : « s’ils avaient su que c’était impossible, ils ne l’auraient pas fait ».
Nous donnons des sims de 45000 prims, alors il faudra jouer le jeu, et ne pas dépasser la ligne rouge !

MB : La ligne rouge, sur ce nouveau projet, c’est quoi? Éviter les excès rencontrés sur SL?
YA : C’est la même que sur Second Life : Nous n’avons eu depuis un an qu’un seul gros problème (avec les deux personnes précitées). Nous avons souvent des désaccords, mais ça c’est normal : c’est un échange, sans complaisance et sans animosité. Les personnes qui sont avec nous vont dans le même sens. Nous ne laisserons pas effectivement les dérives de SL s’installer. Il n’y aura pas d’argent, pas de maison à louer, et s’il y a des maisons, chacun pourra y passer un moment avec ses amis. Il y aura des endroits pour builder, faire de la recherche, créer, mais sur des Sky. Le niveau au sol doit être nickel. Nous aurons des visiteurs extérieurs au métaverse, et nous devrons montrer ce que l’on fait de bien, par respect pour les autres.
On n’invente rien tu sais, c’est juste une question de respect ! Imagine un artiste expose. Il fait venir des personnes qui souhaitent lui acheter une oeuvre ou soutenir son travail, et juste à côté, on a un type qui met au point un jeu de lumières type boite de nuit. Il va desservir le copain d’à coté, alors que l’on va offrir aux constructeurs scripteurs une Sky pour bosser, où ils pourront faire ce qu’ils veulent sans gêner personne, tout en pouvant nous aider en adaptant a nos besoin leurs recherches !

MB : J’en reviens à ma question initiale… Que peut-on trouver au parc des Arts actuellement?
YA : nous avons sur le palais Imaginart une rétrospective du peintre Rodriguez, 15 exposition de photographies qui sont issues de notre tout nouveau festival « Les 60ième de la photographie », en partenariat avec l’UPC.
Nous avons voulu trois thèmes ici, en permanence et en parallèle à l’art : l’information et la prévention SIDA, gérée par Anisette Indigo, où nous présentons des éléments des campagnes des deux associations AIDS, et Sida info service. En parallèle nous demandons à des artistes de porter un certain regard. Cela permet d’être un peu plus pertinent sur le message.
Ensuite nous avons une exposition sur le même principe, faite avec l’association MFQ (Mouvement Français pour la Qualité) sur le développement durable. Les panneaux sont faits.
Reste les créatifs…
Et enfin, une autre expo sur la tolérance, réalisée par Aristide Despret, et qui se trouve sur la SIM d’eau en Openspace que tu trouveras juste à côté de la nôtre. On ouvre cette expo dans quelques jours ! Nous avons aussi une exposition collective qui se nomme « Mot à maux », dont la conception permet d’avoir du texte, de la mise en scène et de l’interprétation.

MB : Donc vous êtes vous aussi touchés par les nouveaux tarifs des Lindens sur les openspaces…
YA : Oui, et on ne pourra pas tenir longtemps. Nous n’avons pas, comme de nombreux autres, (je pense a notre amie Willow Ahn), les moyens de poursuivre dans ces conditions. Nous devrons y mettre fin. C’est du gâchis, mais Linden Lab est une entreprise, qui utilise des méthodes d’entreprise, avec des objectifs d’entreprise. Nous sommes en dehors de cette vision des choses ! On aurait du se méfier ! Ceci étant, la méthode utilisée est immonde : ouvrir les vannes openspaces, laisser les gens s’investir, vendre 10 000 ou 20 000 lowsims, puis relancer la vente sur les fullsims, c’est techniquement malin, logique, même, mais commercialement suicidaire ! On déprécie la monnaie, on fait rentrer des devises et hop ! On remonte !
C’est une vision économique pour rentrer du cash, mais ce qui est inquiétant, c’est qu’il s’agit d’une méthode utilisée en cas de grosse difficulté. Ils doivent être à l’agonie pour l’avoir employée !
On doit désormais s’organiser afin de ne pas subir la prochaine fois… Car c’est évident que ça va recommencer ! A nous de prévoir ! A mon avis, l’avenir est en métagrid, et pas forcément sur SL. Alors c’est sûr qu’il va falloir accepter de ramer, mais le faire ensemble ! Il y a toujours des solutions, c’est la volonté qui manque, le plus souvent…

MB : J’ai vu (sur votre site web) que vous étiez constitués en asso loi 1901. C’était une obligation?
YA : On ne veut pas rester seulement sur SL, mais s’ouvrir et monter des expositions RL, et sans doute aussi monter une grid. Cela ne veut pas dire qu’on va quitter Second Life, où l’on aura toujours une vitrine, mais nous allons transférer des moyens dans un espace ou l’on pourra travailler… Et manger en même temps ! Ce sera moins couteux, pour nous, de louer un serveur. Car nous voulons aussi rester indépendants, avec le moins de sponsors possibles !
Il y a une semaine, nous nous sommes tous rencontrés à l’association, sur Bordeaux. C’est une belle histoire qui a commencé ici, sur SL. Nous avons des membres à Paris, Strasbourg, des membres actifs en Hollande, en Espagne, en Italie… C’est une association Internationale !

Catégories: Expositions, People

Willow Ahn : netphotographe dans sa seconde vie…

Par Etienne Boyer le 31 octobre 2008 - 1 Commentaire

Dans la vraie vie, Willow Ahn, (connue dans Second Life pour ses photos, et les expositions d’artistes -comme actuellement Line degli- qu’elle met en place sur sa sim Alchimie sur Himendhoo Island 59/210/54) est Sigrid Daune, photographe au ministère de la justice (voir sa galerie sur le web, ou son site de news sur les mondes virtuels).
Normande d’adoption, elle s’est mise à disponibilité pour donner libre cours à ses projets… « En fait, je voulais quitter Paris pour travailler sur des projets d’expos, et remettre à jour ma banque d’images, scanner mes argentiques : j’avais 50000 photos qui attendaient ! » Elle est tombée par curiosité sur Second Life il y a deux ans, lors du grand boom médiatique généré par les présidentielles. « La faute à Ségolène et Nicolas ! Et j’ai halluciné en arrivant ici, en voyant les possibilités offertes. J’ai tout de suite compris que ce n’était pas un jeu, et j’ai aimé cette nouvelle plate forme de communication. Je venais de me mettre en congé, et donc j’ai renouvelé ! Il est probable que si je n’étais pas partie dans ces projet RL/SL, je serais retournée travailler dans un ministère…»
Evidemment, il est difficile de vivre de son art, en particulier sur Second Life, mais Willow Ahn a juste la chance d’avoir un compagnon qui travaille en Real Life (il est indépendant en développement web – NDLR), et qui soutien ses projets artistiques, que l’on peut découvrir dans le château d’Alchimie par le biais d’un tableau holo-émetteur, un système peu gourmand en primitives, ce qui est très pratique lorsqu’on loue une île light…

L’âge d’or

Autodidacte à 100%, elle a commencé à s’adonner à sa passion de la photo dès l’âge de 8 ans. « Malheureusement, ma situation familiale ne m’a pas permis de suivre des cours d’arts ou de faire une école photo. J’ai donc appris toute seule, avec mes petits carnets, des notes… »
Ce qui est d’autant plus valorisant lorsqu’on voit le résultat… Cette jeune femme de 35 ans a déjà réalisé une cinquantaine de reportage pour le ministère de la justice, dans de nombreux domaines, comme en témoigne l’exposition « Justice hier » visible dans le château d’Alchimie. Mais elle a aussi effectué quelques travaux personnels, comme un reportage à l’imprimerie nationale, sur les anciens métiers du livre, sur l’apiculture, etc. qui sont toujours inédites. « Je comptais faire des expos avec, cette année justement. J’ai ressorti tout le matos et réinstallé mon labo noir et blanc, et je vais entrer en contact avec les maires d’Evreux et de Louviers, où je vis, pour ce faire ! Et je compte aussi proposer une expo SL en RL ! »
Et l’idée est tout de même bien avancée, puisqu’elle attend les premiers tests de tirages par interpolation. « Je ne sais pas encore trop ce que ça va donner en définition, car c’est du 72 pixels par pouce, mais ce sera vraisemblablement au format 30×45 », positive t-elle.
Mais c’est surtout sa participation à divers concours de photos in world (qu’elle a remportés par deux fois) qui l’a révélée.
Sa passion pour la photographie est telle, qu’avec Chelmy Dixon, un builder de Second Life, elle s’est même mise –pendant un temps- à fabriquer des reproductions d’appareils photos ; un système D qui lui a assuré un revenu lui a permettant d’occuper son espace virtuel sans dépenser d’argent supplémentaire.

Mais la menace plane…

D’ailleurs, Willow Ahn a toujours su s’entourer des bonnes personnes. Car comme un bijou précieux dans son écrin, elle aime que les expositions aient leur décor. Avec Mo Ames (graphiste 3D), par exemple, elle a pu recréer un décor de château assez somptueux sur Alchimie, ou encore un cimetière qu’elle a spécifiquement utilisé dans le cadre de son projet sur l’architecture et les arts religieux.
Avec Olivier Perl (graphiste professionnel plutôt orienté web et print, quant à lui), elle a pu réaliser -entre autres- le cloître.
Aujourd’hui, tout comme de nombreux autres artistes (jamais très fortunés) sur Second Life, dont elle accueille régulièrement quelques spécimens et leurs travaux sur son île (elle a par exemple réservé le cloître aux e-troubadours, Karen Guillorel et Vincent Radix et leur projet Traverses), elle se sent menacée par les nouvelles mesures financières annoncées par Linden Lab. Et afin de manifester ouvertement son mécontentement, elle a mis le feu (virtuel) à son île, planté des drapeaux contestataires partout, et suivi les manifestations sur les îles Linden, par le biais du groupe SOS, créé pour la circonstance. « Leur façon de gérer est très mal perçue par les résidents. Ils montrent encore une fois qu’ils font ce qu’ils veulent, du jour au lendemain. En janvier, je n’aurai plus les moyens de payer le loyer de mon île, et je serai dans l’obligation de fermer cette galerie qui m’a pris tant de temps à construire. Alors le 31 octobre, je suivrai la grève de Second Life ! Je me contenterai de la page d’accueil… Crois-moi : Il va falloir que je lutte pour ne pas appuyer sur ma connexion (rires) ! »
En attendant, Sigrid/Willow prévoyait d’accueillir d’autres artistes (un photographe et un peintre) à exposer, mais a dû se résoudre à tout mettre en stand-by, suite aux récents évènements : « Je vais voir pour les installer sur la Francogrid, où j’ai aussi un spot… Peut-être que ça va les intéresser quand même ? »

EHB

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